Le Jeûne

Mis à jour : 30 mai 2020


C’est un mot que l’on voit de plus en plus souvent ces derniers mois pour un peu que l’on s’intéresse à la santé. Mais alors qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ? Nous allons à travers cet article décortiquer cette pratique ancestrale, trop longtemps mise de côté.


Jeûner peut s’expliquer en fait très simplement. Il s’agit d’arrêter de manger (et de boire pour les plus aguerris, on parlera alors de jeûne sec) pendant un temps donné. Lorsque l’on dort par exemple, on jeûne inconsciemment.

Mais alors quel intérêt de le faire consciemment ?


Le principe du jeûne est d’arrêter tout apport de ressources extérieures pour permettre à l’organisme de se reposer et laisser ainsi la vie en nous s’exprimer. Les organes internes, tout comme nos muscles, ont besoin de récupérer. Le fait de jeûner permet à notre système digestif ainsi que tous les organes associés de se reposer. En arrêtant volontairement tout apport nutritionnel, l’organisme a le temps et l’énergie nécessaires pour traiter et évacuer tous les déchets stockés au fil du temps et ainsi se régénérer, se renforcer. Le jeûne est une pratique naturelle qui existe depuis la nuit des temps et est présente dans toutes les cultures anciennes, comme la médecine Ayurvédique par exemple. De nos jours, le jeûne est également présent dans les religions. Le fait de ne pas apporter de nourriture extérieure permet de réellement se connecter à ce qu’il se passe à l’intérieur et ainsi favoriser une élévation spirituelle. Il est bon également de noter que jeûner pendant seulement 3 jours permet de renforcer considérablement le système immunitaire. Pour résumer, nous avons tous tout intérêt à jeûner.


D’accord, mais alors combien de temps jeûner ?


Tout dépend des personnes, il n’y a pas de règle absolue. A chacun de trouver le rythme qui lui convient en fonction de son mode de vie. En l’absence de pathologie spécifique, il est très intéressant de jeûner sur de courtes périodes mais de le faire aussi souvent que possible. Un ou deux jours de jeûne sec par semaine est une pratique accessible et facile à tenir sur le long terme. Une autre façon intéressante et très bénéfique de jeûner est le jeûne intermittent. Il s’agit de passer de 3 ou 4 repas sociaux (voire plus pour certains sportifs) du réveil au coucher, à 1 ou 2 repas sur une plage horaire plus réduite. On peut par exemple sauter le petit déjeuner et faire son premier repas à midi, et son second le soir.

Une autre pratique courante est le 16-8, qui consiste à jeûner sur une période de 16h et de s’alimenter sur une période de 8h (par exemple ne s’alimenter qu’entre 12h et 20h, mais à chacun d’adapter en fonction de son mode de vie).

Pour notre part, et avec l’expérience, nous pratiquons une version plus “poussée” ; un unique repas par jour, le soir, sur une période d’environ 4 heures. Tout cela avec une vie professionnelle et plusieurs entraînements sportifs par semaine.

« T’es fou de faire ça », « moi je peux pas j’ai trop besoin de manger », « jamais de la vie, moi j’aime trop la bouffe »… Voilà ce que l’on entend lorsque l’on parle du jeûne. Cela est caractéristique de notre civilisation : on mange trop et trop souvent.




Peux-tu me citer un seul animal sur cette planète qui s’installe bien confortablement à table 3 fois par jour, et qui va manger de la brioche nutella le matin, une blanquette de veau le midi, et un steak haché accompagné de pâtes le soir, sans oublier les gâteaux et autres en-cas pendant la journée ? Il n’y en a pas. L’être humain est la seule espèce sur cette planète à manger aussi fréquemment et autant d’aliments diversifiés et inadaptés . Peut-être encore une fois les animaux sauvages sont-ils dans l’erreur et devons-nous leur expliquer ce qu’ils ont à faire. Un lion par exemple, attrape une proie environ 1 fois tous les 7 jours. Comme tous les autres animaux à l’état sauvage, il mange lorsqu’il en a BESOIN. C’est là la grande folie de notre monde moderne, nous mangeons par habitude et par envie, sans avoir aucun effort à fournir. Nous avons tellement été habitués au confort et à l’opulence que le simple fait de sauter un repas peut paraître insurmontable, et ça l’industrie agro-alimentaire l’a bien compris. Nous vivons avec la croyance que notre corps est fragile et nécessite qu’on l’alimente en permanence. Pourtant on trouve partout sur la planète des récits de personnes ayant survécu des semaines voire des mois entiers dans des milieux sauvages avec un apport nutritionnel faible. C’est dire comme notre corps est puissant pourvu qu’on laisse un minimum de place à notre instinct animal. Les industriels nous ont totalement domestiqués avec la nourriture, au même titre que nous avons domestiqués les chats ou les chiens également avec de la nourriture. Car oui, si un chat rentre bien sagement à la maison tous les soirs, c’est parce qu’il sait qu’il a de la nourriture à disposition sans aucun effort à fournir. Pour la petite histoire, dans la Rome antique, à l’époque où des esclaves se battaient dans l’arène afin de divertir le peuple, les soldats et ces fameux gladiateurs étaient nourris 1 fois par jour, tandis que les esclaves de maison l’étaient 3 fois par jour. Etrange que les les athlètes mangent moins souvent que les domestiques, non ? Eh bien non en fait. Lorsque l’on mange 3 ou 4 fois par jour (ou même plus parfois), on a l’estomac plein toute la journée : on est « calé », comme on l’entend souvent. Le fait d’être rassasié à longueur de journée fatigue le corps et l’esprit car le système digestif est en action permanente. On est donc beaucoup moins enclin à remettre en cause sa condition . Lorsque l’on ne mange qu’une fois par jour, cela nous laisse le temps d’expérimenter une chose bien trop souvent oubliée : la faim. Lorsque l’on se laisse le temps d’avoir réellement faim, cela nous reconnecte avec notre instinct animal. Quand on a faim, c’est notre propre énergie, notre feu intérieur qui prend le dessus, on est plus combatif, plus alerte, nos sens sont plus aiguisés, le mode survie est enclenché, comme chaque animal dans la nature. C’est la faim qui pousse les prédateurs à développer des capacités de prédation, afin de survivre.

De nos jours il est courant de voir des personnes passant 8 heures par jour en position assise, en ayant donc une dépense calorique quasi nulle, manger tout au long de la journée. Pas besoin d’être médecin ou quelconque spécialiste pour se rendre compte que cela va à l’encontre des lois du vivant. Seulement voilà, manger est aujourd’hui signe d’intégration sociale. On trouve de la nourriture partout, des restaurants à tous les coins de rue, des fast food, on peut même se faire livrer nos repas directement à la maison ou au boulot, si c’est pas beau ça ! Il y a même des concours de nourriture, où le premier prix est attribué à celui qui ingurgite le plus de nourriture en un minimum de temps. Tout est fait pour nous inciter à manger encore et encore, car lorsque toute une population d’esclaves a le ventre plein, la simple idée de se remettre en question notre condition n’effleure même pas l’esprit. On voit aujourd’hui plus que jamais les résultats d’une suralimentation et qui plus est de mauvaise qualité : diabète précoce, obésité infantile, cancers… En France c’est 40 % de la population qui est en surpoids dont 16 % d’obèses. Ces chiffres ont triplé depuis les années 1990 et sont en augmentation constante.


Lorsque l’on fait 1 repas toutes les 4 heures, plus les grignotages, l’organisme n’a pas le temps d’assimiler correctement les nutriments. En effet, le système digestif a à peine le temps de commencer son travail qu’on lui renvoie une nouvelle vague d’aliments à digérer, et cela tout au long de la journée, tous les jours, sans aucune pause. La réduction des prises alimentaires laisse le temps à l’organisme d’assimiler les nutriments présents dans la nourriture (pour peu qu’elle en contienne cela va de soi), et c’est donc tout naturellement qu’il va optimiser la gestion des ressources ; n’oublions pas que notre corps est en adaptation permanente ! Donc on ne mange pas parce que l’on a faim, c’est parce que l’on mange tout le temps que l’on a tout le temps faim !!

Manger 1 fois par jour par exemple laisse tout le temps nécessaire à notre corps pour assimiler les nutriments. Malgré la croyance populaire, on ne jette pas sur la première source de nourriture qui va se trouver sur notre chemin. Au contraire, il est indispensable de prendre le temps de préparer et d’apprécier notre repas. Engloutir une assiette de pâtes en 5 minutes juste pour ne plus avoir faim serait un non-sens complet.


Parlons maintenant d’énergie.

« si tu manges pas la journée tu peux pas avoir d’énergie », « j’ai besoin de tant de calories par jour pour être en forme »…sont des croyances très répandues au sein de la population. Manger donne de l’énergie certes, mais tout dépend de la nourriture ingurgitée et de la fréquence. Pour illustrer ça rien ne vaut un bon exemple qui je pense, parlera à beaucoup de gens : "Il est midi, c’est la pause méridienne, tout le monde à table. Au menu, le traditionnel steak haché pâtes, en plus c’est trop cool ya même du rab et des gâteaux en dessert ! Le repas terminé, c’est la reprise des cours et là verdict…Gros coup de barre général, tout le monde est affalé sur sa table. Elle est où l’énergie là-dedans ? Il n’y en a pas parce que le système digestif vient d’être assommé. Il n’avait pas fini de digérer les tartines de nutella du matin et les gâteaux de 10 heures qu’il a reçu une 3ème vague encore plus forte que les deux premières sur le coin du museau ; c’est le coup de grâce." L’énergie, elle est déjà en nous. Elle ne demande qu’à être utilisée pourvu qu’on lui laisse de la place.


Une autre croyance très répandue est celle des calories.

« C’est important de faire un bon petit déjeuner parce que le corps il brûle des calories pendant la nuit ». Là encore prenons un exemple concret qui parlera sûrement aux sportifs, et plus particulièrement aux adeptes de Crossfit : Imagine faire le soir un dîner à 500 calories. La croyance populaire dit que les calories du repas sont brûlées durant la nuit. Maintenant prends un rameur d’intérieur, un ski erg ou mieux encore un assaut bike et programme un objectif à 500 calories. L’effort physique nécessaire est tout simplement énorme. Croire que 500 calories s’envolent comme par magie simplement en dormant est absolument déconcertant. Pourquoi s’embêter à faire du sport si dormir suffit à brûler des calories ? L’organisme fait son travail de digestion lorsque l’on dort, mais il ne brûle en aucun cas toutes les calories qu’on lui injecte avant de se coucher. Une autre vertu importante du jeûne est la guérison. Comme vu plus haut, jeûner permet à l’organisme d’évacuer les toxines, de se régénérer. Lorsqu’un chat est malade par exemple, quel-est le signe qui nous met la puce à l’oreille immédiatement ? Il ne mange plus. C’est le premier réflexe naturel de tout animal lorsqu’une quelconque maladie l’affecte ; cesser tout apport extérieur, s’isoler, dormir, afin de laisser l’organisme faire ce pour quoi il est conçu : nous amener vers la pleine santé. Sauf qu’au lieu de laisser la pauvre bête faire ce qu’elle sait instinctivement avoir à faire, quel est le réflexe d’un être humain ? Emmener l’animal chez le vétérinaire qui va faire des examens, et donner des médicaments, tout comme un médecin aurait fait pour un être humain. Dans son livre intitulé « La vie en abondance » (s’il y a bien un livre à se procurer, c’est celui-là !), Irène Grosjean nous raconte une anecdote très riche de sens concernant son chien qu’elle avait eu des années auparavant. L’animal avait mangé un plateau de fromage entier, laissé dehors par inadvertance. Une journée plus tard, elle a trouvé le chien immobile dans un coin isolé : il était bien entendu malade. Après 10 jours sans bouger, ni manger ou boire, son mari a proposé d’aller le faire piquer, ce à quoi Irène a répondu : « si il doit mourir, il saura très bien le faire ». Au quatorzième jour, le chien s’est levé d’un bond, a couru vers le ruisseau boire une énorme quantité d’eau, et tout était rentré dans l’ordre. C’est dire comme les animaux sont reliés à l’intelligence de la vie. Cela fonctionne exactement de la même manière chez nous les humains, seulement voilà, les croyances erronées ont pris le dessus sur l’instinct. Notre addiction à la nourriture est tellement forte que lorsqu'un enfant ne mange pas pendant plus de quelques heures, l’inquiétude s’installe. Qui n’a pas déjà entendu une mère dire à son enfant fiévreux « mange, il faut que tu prennes des forces ». Et c’est parti pour une assiette de purée instantanée et des saucisses knacki. En plus d’éliminer les toxines, l’organisme doit enclencher le système digestif afin de traiter des aliments inadaptés, ce qui va l’affaiblir encore plus.


Lorsque l’on apprend à jeûner, on éveille sa conscience à un niveau supérieur. Nous ne sommes plus esclaves des publicités, ni des repas sociaux imposés par la société. Nous avons plus d’énergie et besoin de moins de nourriture. On a donc plus de temps, et également plus d’argent. La vie devient plus simple. Le frigo est souvent aux trois quarts vide, et pourtant on ne manque jamais de rien.

On passe de « Zut ya rien à manger pour ce soir, on va commander une pizza » à « Tiens ya plus rien à manger, pas grave je mangerai demain ».


Avec ses nombreux bienfaits sur le corps comme sur l’esprit, il est indispensable, notamment par les temps actuels, de re-découvrir ce “cadeau de la nature” depuis trop longtemps mis à l’écart, occulté par notre culture occidentale et la médecine “conventionnelle”.


La vie ne demande qu’à s’exprimer, il est grand temps de lui accorder la place qui lui revient de droit et de laisser sa magie nous reconnecter à l'intelligence de la vie.


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